Tant que l’eau coulera, l’homme vivra.

Léon Courtine

Reportage de la RTS émission « Passe-moi les jumelles »

Le bisse et son histoire

Le Torrent Neuf a été construit dès 1430. Bien que les sources écrites manquent pour des périodes aussi reculées, tout porte à croire qu’il existait déjà, avant le XVe siècle, un bisse qui amenait l’eau de la vallée de la Morge vers le coteau saviésan. Ce canal est resté dans la tradition populaire sous le nom de Croué Torin (Mauvais Torrent). Débouchant sur le plateau de Savièse dans la région de l’Etang de Mouchy (Moté de la Resse), à environ 1000 m d’altitude, ce bisse ne permettait pas d’irriguer les prairies situées sur les hauts de Savièse. Parallèlement d’autres bisses (Bourzi, Tsampé, Déjour) dérivaient l’eau de la Sionne dont le débit était inégal et insuffisant Pour améliorer la situation et répondre à de nouveaux besoins, les Saviésans, associés pour l’occasion à quelques Sédunois, décident en 1430 de faire construire un bisse de grande envergure que l’on connaît encore sous le nom de Torrent Neuf. Depuis, le bisse a subi un certain nombre de modifications du tracé et d’améliorations techniques. Dans la première moitié du XVIe siècle, le tracé est modifié afin d’augmenter les débits. Cela implique le passage de la célèbre paroi des Branlires à laquelle le bisse a dû s’accrocher à l’aide de la construction de boutzets, dont plusieurs vestiges sont encore visibles.
Au XVIIIe siècle, on remplace un passage suspendu qui s’était effondré par le tunnel du Moujerin. Dans les années 1880, la prise du bisse est prolongée vers la Morge. On continuera l’exploitation du Torrent Neuf de cette manière jusque dans les années 1930, période à laquelle de nouveaux changements scelleront le destin du Torrent Neuf. En effet, le 28 avril 1934, le bisse est mis en eau pour la dernière fois. Après une dernière saison d’activité, la plus grande partie du bisse est définitivement abandonnée en automne 1934 et le bisse est partiellement détruit. Le 4 août 1935, le curé Jean, accompagné pour l’occasion d’une population saviésanne mobilisée en masse, bénit le nouveau tunnel du Prabé qui remplacera dès lors le Torrent Neuf.

Les techniques de construction et d’entretien

Le Torrent Neuf, tout au long de son cours, est un bon exemple de la variété des techniques de construction des bisses. La technique la plus simple et la plus utilisée est celle qui consiste à creuser le canal dans le sol meuble et à utiliser le matériel extrait pour en faire un remblai. Celui-ci, servant également de chemin, est parfois renforcé par des pierres ou par la plantation d’arbres ou de buissons. Comme le bisse traverse parfois des terrains plus résistants, il a fallu creuser à même le rocher (p. ex. la nouvelle portion de 1880) ou percer de petits tunnels (Moujerin) avec des moyens à l’origine rudimentaires. Plus souvent, on a préféré accrocher un canal de bois à la paroi rocheuse. Ces passages, très difficiles à construire et scabreux à entretenir, demeurent aujourd’hui encore le symbole de l’audace des constructeurs du bisse.

Les droits d’eau

Au moment de son abandon, le bisse est l’affaire d’un consortage. L’eau est répartie entre les consorts selon leurs droits d’irrigation. Le droit d’eau est ensuite converti en temps d’irrigation, par périodes que l’on nomme poses. La pose correspond à 3 heures d’arrosage. Chaque ayant-droit possède des parts d’eau proportionnelles à l’étendue des terres à irriguer. I contribue proportionnellement à ses possessions (en argent et en corvées). On a utilisé jusqu’à la fin du XIXe siècle un bâton sur lequel étaient gravés les marques de familles et les droits d’eau correspondants; parallèlement, on tenait un registre écrit des parts de chacun.

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